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mercredi 11 février 2009

"Voix off" de Denis Podalydès, une lecture du festival Textes et voix

Il est rare de trouver autant de talents concentrés en un seul homme : acteur de théâtre (pensionnaire à la Comédie Française il joue en ce moment dans « L’illusion comique »), acteur de cinéma (dans les films d’Emmanuel Bourdieu par exemple), metteur en scène (« Fantasio » et surtout « Cyrano » en ce moment salle Richelieu), écrivain (auteur d’un remarqué « scènes de la vie d’acteur »), Denis Podalydès lisait ce soir-là des extraits de « Voix off » dans le cadre du festival « Textes et voix ». A l’origine de ce livre, une commande de Colette Fellous lui proposant de faire son autoportrait. Pour parler de lui, Podalydès a choisi de donner à entendre les voix des autres : des voix qui émergent de l’enfance, comme celle de sa grand-mère, de sa mère, d’amis ou de professeurs, des voix de radio ou de théâtre, des voix de cinéma…

La lecture commence par un roman tragi-comique qui raconte le difficile apprentissage amoureux de « l’empoté », double fictif de l’auteur. Passant du rire à l’émotion, Podalydès en vient à évoquer son amour pour les livres dans un passage sur le studio d’enregistrement : « Est-il, pour moi, lieu plus épargné, abri plus sûr, retraite plus paisible, qu'un studio d'enregistrement ? Enfermé de toutes parts, encapitonné, assis devant le seul micro, à voix haute - sans effort de projection, dans le médium -, deux ou trois heures durant, je lis les pages d'un livre. Le monde est alors celui de ce livre. Le monde est dans le livre. Le monde est le livre ».

Rien n’est aussi évocateur qu’une voix - sauf peut-être un parfum-, et pourtant les mots manquent pour décrire ces sensations insaisissables et étranges que transporte une voix. Et pourtant Podalydès trouve l’image juste qui a la clarté de l’évidence : Charles Denner ? « Une voix de courage, voix d'angoisse légère, voix qui va, voix qui fouille », Dussolier ? « une campagne à la tombée du soir, bruissante, paisible, secrète”…
Et au fil de la soirée imperceptiblement se dégage de ces voix l’émouvante voix de Denis Podalydès, non plus l’acteur ou l’interprète mais l’écrivain.
« Voix off », de Denis Podalydès, Mercure de France, (livre + CD), 244 p., 25 €.
Textes et Voix :
http://www.textes-et-voix.asso.fr/

vendredi 23 janvier 2009

« Encyclopédie capricieuse du tout et du rien » de Charles Dantzig

S’inscrivant dans une longue tradition littéraire remontant aux « Notes de chevet », poétiques listes établies au XIème siècle par la courtisane Japonaise Sei Shônagon (et qui a inspiré le film de Peter Greenaway « The pillow book », d’où est extraite la photo qui sert de bannière à ce blog), Charles Dantzig donne une ampleur nouvelle à la liste avec l’ouvrage le plus surprenant de cette rentrée littéraire hivernale « Encyclopédie capricieuse du tout et du rien ».

Que ceux qui bailleraient déjà d’ennui devant les 800 pages de listes se rassurent : les listes selon Dantzig sont bien plus que de simples énumérations à la Ben Schott (l’auteur du best-seller « Les Miscellanées de Mr Schott »). Véritable Zelig de la littérature, Dantzig jongle avec les styles et passe avec brio d’un inventaire lapidaire claquant comme un haïku (comme la liste des titres contenant le mot « dimanche » ) à un portrait finement ciselé, se glisse dans la peau des grands moralistes le temps d’une méditation sur les villes, l’amour ou Venise, fait suivre un hommage (sublimes pages sur Fitzgerald et Proust) par d’élégantes saynètes avant d’épingler avec humour les ambitieux, les vaniteux, les critiques littéraires et les mauvais écrivains (et il cite des noms !).

Comme dans son « Dictionnaire égoïste de la littérature française », l’auteur agace parfois - par exemple pourquoi en veut-il au Balzac de Rodin qu’il décrit en «concierge du boulevard Raspail » ?- et on a envie de le contredire, mais ces agacements sont de courte durée car tant d’érudition, d’enthousiasme et d’humour forcent l’admiration. Dans un style alerte et élégant émaillé d’aphorismes, il partage ses enthousiasmes pour les « lieux de fééries », Venise, New-York, les danseurs, et ses détestations pour Flaubert, Guy Debord, « idole des niais » ou le mariage. Un délicieux mélange qui se savoure ligne à ligne.

« Encyclopédie capricieuse du tout et du rien » de Charles Dantzig, Grasset, 784 p., 24,90 €.