jeudi 21 août 2008

"Renaissance italienne" d'Eric Laurrent

Après le splendide « Clara Stern » qui se terminait par le départ du narrateur en Italie pour tenter d’oublier son amour perdu, Eric Laurrent nous conte, dans « Renaissance italienne » la suite des aventures amoureuses de ce double séducteur et inconsolable.

Après avoir transformé en roman son histoire malheureuse avec Clara Stern, le narrateur rencontre la belle Yalda et la suit en Italie. Unis par un même goût pour l’art italien, ils parcourent les charmes de la campagne toscane. La complicité instinctive qui unit les deux protagonistes est-elle le prélude à une histoire d’amour ?

La réponse ne sera donnée qu’au bout des 160 pages, après moult atermoiements, méprises (et une scène hilarante où le narrateur fou de jalousie s’introduit dans la chambre de celui qu’il croit être l’amant de Yalda) et interrogations. Car il y a du Marivaux chez Eric Laurrent qui met en scène deux êtres qui se cherchent, s’interrogent sur les sentiments de l’autre, analysent chacun de ses gestes pour tenter d’y lire des preuves d’amour, doutent, jouent les indifférents, se mettent à l’épreuve.


Avec cette « Renaissance italienne », l’auteur nous offre une subtile méditation sur l’état amoureux : «Tout soupirant est aliéné en effet, deux fous cohabitant en lui, l'un frappé d'un excès de passion, l'autre, d'un excès de raison, lesquels n'ont de cesse de se disputer tour à tour son esprit ». L’écriture délicieusement surannée d’Eric Laurrent, virtuose de l’imparfait du subjonctif, amateur de mots rares et de néologismes, emporte le lecteur au gré de ses phrases amples qui s’étirent sur une page et se déploient en subordonnées. Ce texte alambiqué pourrait être indigeste ; il n’en est rien car l’écriture est parfaitement maîtrisée si bien que se dégage paradoxalement à la lecture une impression d’extrême fluidité.

« Renaissance italienne » Eric Laurrent, Editions de Minuit, 159 pages, 14€.

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