vendredi 19 septembre 2008

« Paradis conjugal » d’Alice Ferney

Nombreux sont ceux qui écrivent sur l’amour. Peu réussissent. Alice Ferney faisait partie de ceux-là quand, dans « La conversation amoureuse », elle analysait avec finesse et intelligence toutes les étapes de la séduction qui conduisent à la formation d’un couple. On espérait que le miracle se répéterait avec son nouvel opus « Paradis conjugal », qui porte cette fois sur l’étiolement d’un amour. Or, si l’intelligence est toujours là, la grâce semble avoir abandonné Alice Ferney.

Elsa Platte passe ses journées à visionner « Chaînes conjugales » le film de Mankiewicz : l’histoire de trois amies, Deborah, Lora et Rita, qui au moment de partir pour une journée en pique-nique reçoivent une lettre de leur copine Addie leur annonçant son départ avec le mari de l’une d’elles. Commence alors pour les trois héroïnes une journée d’angoisse au cours de laquelle chacune revoit les étapes décisives de son mariage et s’interroge sur les raisons qu’aurait son époux de la quitter. Fascinée par le film, la narratrice Elsa Platte le raconte et le décortique scène après scène tout en méditant sur sa propre vie de couple et sur l’érosion des sentiments dans le mariage.

Si l’idée du livre paraissait intéressante, l’auteur ne parvient pas à donner de la consistance au personnage d’Elsa si bien que le roman ressemble à un exercice de style. Au bout de 50 pages, le lecteur, lassé de ce décorticage méticuleux de chaque plan du film, sombre dans l’ennui. Pourtant les premières pages dans lesquelles la narratrice s’interroge sur le rôle de l’art dans sa vie sont plutôt réussies : « On peut se plonger dans une œuvre, se calfeutrer dans ce qu’elle fait lever en soi, rechercher sans finir ni se lasser sa tonalité spéciale, ramifier la complicité que l’on entretient avec elle (…). Comme si la vie avait besoin d’un écho, d’un ensemble architecturé de miroirs qui nous la révèle et nous l’éclaircisse ». Et la scène finale est splendide.


« Paradis conjugal », d’Alice Ferney, Albin Michel, 353 p., 19€.

1 commentaire:

Elsa a dit…

J'avais aimé "La conversation amoureuse" et je me demandais pourquoi "Paradis conjugal" était mis en pièces par certains. Merci pour l'explication que s'épargnent la plupart des "critiques".